Faress Boucherit
SELARL ou BNC pour un médecin libéral : à partir de quel revenu basculer en 2026
C’est l’une des questions qui revient dans presque tous nos premiers rendez-vous avec un médecin libéral installé. À partir de quel niveau de revenu est-ce que ça vaut vraiment le coup de basculer en SELARL plutôt que de rester en BNC ? La réponse mérite plus qu’un seuil unique. En effet, trois critères doivent se croiser. Votre revenu net imposable. Votre besoin de capitalisation à moyen terme. Et votre situation familiale. Cet article les détaille avec des chiffres concrets pour 2026.
BNC et SELARL : rappel rapide des deux régimes
Le BNC (bénéfices non commerciaux) est le régime fiscal par défaut du médecin libéral installé en nom propre. Concrètement, vos honoraires moins vos charges déductibles forment le bénéfice non commercial. Ce bénéfice est ensuite intégré à votre déclaration personnelle (IR) au barème progressif. Vous payez vos cotisations CARMF et URSSAF sur ce bénéfice. Pas de personnalité morale distincte. Ainsi, votre activité et vous, c’est juridiquement la même chose.
La SELARL (société d’exercice libéral à responsabilité limitée) est une société commerciale qui exerce une activité libérale. Elle a une personnalité juridique distincte. De fait, elle est imposée à l’impôt sur les sociétés (IS) sur son bénéfice. Vous, en tant que dirigeant associé, percevez une rémunération imposée à l’IR comme un salaire. Et éventuellement des dividendes, imposés au prélèvement forfaitaire unique de 30%. Par conséquent, le découplage entre rémunération du dirigeant et résultat de la société ouvre des leviers d’optimisation impossibles en BNC.
Les trois critères qui font basculer la décision
1. Le revenu net imposable annuel
C’est le critère le plus connu, mais aussi le plus mal interprété. En dessous d’un certain palier, le BNC reste plus simple et souvent plus intéressant. Au-delà, la SELARL ouvre des optimisations qui surcompensent largement le surcoût de structure.
Voici les ordres de grandeur observés en 2026 :
- Moins de 70 000 € de bénéfice annuel : BNC dans la quasi-totalité des cas. La SELARL coûte plus en charges qu’elle ne rapporte.
- 70 000 à 90 000 € : zone de transition. Étude au cas par cas selon la situation familiale et les projets.
- 90 000 à 110 000 € : SELARL souvent intéressante, surtout si capitalisation envisagée.
- Plus de 110 000 € : SELARL très majoritairement gagnante.
2. Le besoin de capitalisation à moyen terme
Vous prévoyez d’acheter votre cabinet, du matériel médical lourd, un local professionnel ou de l’immobilier via SCI ? Dans ce cas, la SELARL peut devenir intéressante même à des revenus inférieurs aux paliers ci-dessus. La raison est simple. La SELARL permet de « stocker » du résultat dans la société, imposé à l’IS. Le taux réduit est de 15% jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis 25% au-delà. À l’inverse, sortir ce résultat en revenu personnel l’expose au barème progressif, jusqu’à 45% en tranche marginale.
Ce résultat capitalisé peut ensuite financer les investissements professionnels avec un effet fiscal très différent. En pratique, sur 5 à 10 ans, l’écart de capitalisation se chiffre fréquemment en dizaines de milliers d’euros nets disponibles.
3. La situation familiale et patrimoniale
Votre tranche marginale d’imposition (TMI) dépend de la composition du foyer fiscal et des autres revenus. Par exemple, un médecin marié avec un conjoint cadre supérieur en TMI 41% ou 45% bascule plus tôt en SELARL. À l’inverse, un médecin célibataire ou en couple avec des revenus modestes du conjoint peut rester en BNC plus longtemps.
De même, la présence d’enfants à charge ou l’existence d’un PER modifient l’équation. Une perspective d’investissement immobilier également. D’où l’importance d’une projection IR sur 3 à 5 ans intégrant ces paramètres avant toute décision.
Point souvent oublié : quelle que soit la structure juridique choisie (BNC en exercice individuel ou SELARL en société), le régime de TVA spécifique aux médecins reste identique. L’exonération de TVA sur les actes médicaux ne dépend pas de la structure, mais du type d’activité exercée.
Combien coûte le passage en SELARL et quand le rentabiliser
Le passage en SELARL implique trois types de coûts.
D’abord, des frais de constitution : statuts, formalités greffe, capital social. Comptez 1 500 à 3 000 € selon la complexité.
Ensuite, un surcoût comptable annuel par rapport au BNC. La comptabilité commerciale, la liasse fiscale et les obligations juridiques prennent plus de temps. À prévoir : 1 200 à 2 500 € HT/an supplémentaires.
Enfin, des obligations juridiques nouvelles. Assemblée générale annuelle, dépôt des comptes, formalités liées aux mouvements de capital.
Pour que la bascule soit pertinente, l’économie fiscale et la capitalisation doivent dépasser ces surcoûts. Concrètement, à partir de 90 000 à 100 000 € de bénéfice BNC annuel, la rentabilité est généralement atteinte dès la première année. En dessous, la rentabilisation peut prendre 2 à 4 ans. Cela suppose donc une visibilité suffisante sur la trajectoire de votre activité.
Les pièges classiques du passage en SELARL
- Basculer trop tôt sans avoir stabilisé son activité. Une SELARL sur un revenu en construction peut coûter plus qu’elle ne rapporte pendant 2-3 ans.
- Sous-estimer le coût juridique récurrent. La SELARL n’est pas un « BNC en société ». En effet, c’est une vraie structure commerciale avec ses obligations.
- Mal calibrer la rémunération du dirigeant au démarrage. Une rémunération trop basse expose à un redressement URSSAF. À l’inverse, une rémunération trop haute fait perdre l’intérêt fiscal de la SELARL.
- Oublier les conséquences sur les cotisations CARMF. Le dirigeant de SELARL cotise à la CARMF sur sa rémunération de gérant. Donc pas sur le résultat de la société. Cela peut diminuer significativement les droits à retraite si la rémunération est faible.
- Ne pas anticiper la fiscalité de cession. Vendre les parts de la SELARL, c’est différent de vendre une patientèle en BNC. Par ailleurs, les régimes d’exonération de plus-value diffèrent.
Quand consulter un expert comptable spécialisé sur ce sujet
Idéalement, dès que votre bénéfice BNC dépasse 70 000 €. Et que votre activité semble stable. Un audit prend généralement 2 à 3 heures de travail. Concrètement : recueil de votre situation, projection sur 3-5 ans, comparatif chiffré BNC vs SELARL avec différents niveaux de rémunération du dirigeant.
Pour les médecins déjà installés en BNC depuis plusieurs années, c’est aussi le moment d’aller plus loin sur les critères pour choisir un expert comptable spécialisé. Pensez également à faire le point sur les cotisations sociales 2026 qui s’appliquent à votre situation.
Questions fréquentes
Peut-on basculer de SELARL à BNC si on s’est trompé ?
Oui, mais c’est une opération coûteuse fiscalement. En effet, elle entraîne la taxation des plus-values latentes sur la cession des parts ou la dissolution de la société. Mieux vaut donc ne pas se précipiter dans la décision initiale. Un audit préalable rigoureux évite quasi systématiquement ce genre de retour en arrière.
SELARL ou SEL : quelle différence ?
SEL est un terme générique : société d’exercice libéral. SELARL est une forme de SEL à responsabilité limitée. Il existe aussi la SELAS (équivalent SAS), la SELCA et la SELAFA. Toutefois, pour un médecin seul ou avec un nombre réduit d’associés, la SELARL reste la forme la plus courante.
Un médecin remplaçant peut-il créer une SELARL ?
Techniquement oui, mais c’est rarement pertinent. En effet, les revenus d’un remplaçant sont généralement trop faibles et trop variables pour rentabiliser une structure SELARL. Le BNC reste donc préférable. La question du passage en SELARL se pose une fois l’installation en propre effective et stabilisée.
Combien de temps faut-il pour créer une SELARL ?
Comptez 4 à 8 semaines entre le lancement du dossier et l’immatriculation effective. Concrètement : rédaction des statuts, dépôt du capital social, dépôt au greffe, obtention du Kbis, ouverture des comptes bancaires. Par ailleurs, la validation par l’Ordre des médecins est obligatoire pour une SELARL médicale. Elle prend généralement 4 à 6 semaines en parallèle.
La SELARL protège-t-elle le patrimoine personnel du médecin ?
En théorie oui, puisque la responsabilité du médecin est limitée à ses apports. Toutefois, en pratique, la responsabilité civile professionnelle (RCP) couvre les actes médicaux indépendamment de la structure juridique. La SELARL protège donc surtout contre les risques liés à la gestion économique de la société. Pas contre la responsabilité médicale elle-même.
Faire le point sur votre situation
Votre bénéfice BNC se situe au-dessus de 70 000 € ? Ou vous prévoyez un investissement professionnel significatif dans les 24 mois ? C’est probablement le bon moment pour faire un audit BNC vs SELARL. Imagine Experts propose un premier rendez-vous gratuit de 30 minutes pour évaluer votre situation. Pas de discours commercial, pas d’engagement.
👉 Prendre rendez-vous avec Faress Boucherit
Sources : site officiel des impôts et Conseil national de l’Ordre des médecins.
D’autres articles qui pourraient vous intéresser :
Faire appel à un expert comptable professionnel

Imagine Experts accompagne les entrepreneurs dans leurs différents projets.
Contactez un expert-comptable certifié
L’équipe Imagines Experts vous recontacte dans les plus brefs délais
