Faress Boucherit
Fiscalité du kiné remplaçant : le guide 2026
Vous venez de terminer votre premier remplacement. Le titulaire vous verse une rétrocession de 80 % des actes, vous recevez le virement, et là commence la partie dont personne ne vous a parlé pendant vos cinq années d’études : cet argent n’est pas net. Aucune cotisation n’a été prélevée, aucun impôt retenu. Tout reste à votre charge, et les premiers appels de cotisations arriveront avec plusieurs mois de décalage — souvent au pire moment.
La fiscalité du kiné remplaçant n’est pas compliquée. Elle est simplement décalée dans le temps, et c’est ce décalage qui met en difficulté la plupart des remplaçants en début de carrière.
Remplaçant, collaborateur, assistant : trois statuts, trois fiscalités
Avant de parler chiffres, il faut nommer précisément votre situation, parce que le régime fiscal en découle directement.
Le remplaçant exerce à la place du titulaire, pendant son absence. Il utilise le cabinet, la patientèle et la feuille de soins du titulaire, et perçoit une rétrocession d’honoraires. Il n’a pas de patientèle propre.
Le collaborateur libéral exerce en même temps que le titulaire, dans le même cabinet, mais développe sa propre patientèle. Il verse une redevance au titulaire au lieu d’en recevoir une rétrocession — la mécanique est inversée.
L’assistant est un statut plus rare, encadré par l’Ordre, qui suppose une autorisation spécifique.
Dans les trois cas vous êtes travailleur indépendant et vos revenus relèvent des bénéfices non commerciaux — les BNC, c’est-à-dire la catégorie fiscale des professions libérales. Vous n’êtes jamais salarié du titulaire, même si le remplacement ne dure qu’une semaine. C’est ce point qui déclenche toutes vos obligations.
La rétrocession d’honoraires : ce que vous déclarez réellement
La rétrocession se situe généralement entre 70 et 90 % des actes que vous réalisez, selon le département, le type de cabinet et la durée du remplacement.
Le point qui pose problème à presque tous les remplaçants : c’est bien la rétrocession que vous encaissez qui constitue votre recette imposable, pas le total des actes facturés à l’Assurance maladie. Si vous réalisez 3 000 € d’actes sur un mois avec une rétrocession de 80 %, votre recette est de 2 400 €. Le titulaire, lui, déduit ces 2 400 € de ses propres recettes.
Côté titulaire, une obligation à connaître si vous êtes vous-même installé : toute rétrocession dépassant 1 200 € par remplaçant sur l’année doit être déclarée via le formulaire DAS2. Un oubli qui se voit immédiatement en cas de contrôle, puisque le remplaçant, lui, a déclaré la somme de son côté.
Concrètement, gardez une trace de chaque remplacement : dates, cabinet, montant des actes, taux de rétrocession, montant perçu. Un simple tableur suffit la première année. C’est ce document qui vous évitera de reconstituer douze mois d’activité en avril, dans l’urgence.
Micro-BNC ou déclaration contrôlée : le calcul pour un remplaçant
Deux régimes s’offrent à vous, et le bon choix dépend d’une seule chose : le montant de vos charges réelles.
Le micro-BNC applique un abattement forfaitaire de 34 % sur vos recettes. Vous êtes imposé sur 66 % de ce que vous encaissez, sans avoir à justifier la moindre dépense. En contrepartie, vous ne déduisez rien : ni votre voiture, ni votre matériel, ni vos formations.
La déclaration contrôlée (le régime réel) vous permet de déduire vos charges réelles, mais impose une comptabilité complète et une déclaration 2035.
Le seuil du micro-BNC a été relevé : il est de 83 600 € de recettes annuelles pour les revenus perçus à partir de 2026, contre 77 700 € auparavant. Ce plafond vaut pour les revenus 2026, 2027 et 2028.
Le micro-BNC en résumé
- Plafond : 83 600 € de recettes annuelles (revenus 2026)
- Charges : un forfait de 34 %, rien à justifier
- Comptabilité : un simple livre des recettes
- Le bon choix si vos charges réelles représentent moins de 34 % de vos recettes
La déclaration contrôlée en résumé
- Plafond : aucun
- Charges : vos charges réelles, sur justificatifs
- Comptabilité : complète, avec une déclaration 2035 chaque année
- Le bon choix si vos charges réelles dépassent 34 % de vos recettes
Pour un remplaçant, le micro-BNC est très souvent le bon choix. Vous n’avez ni local, ni table de massage à financer, ni assistante à rémunérer. Vos charges se limitent le plus souvent aux déplacements, à l’assurance responsabilité civile professionnelle, aux cotisations ordinales et à quelques formations : rarement 34 % de vos recettes.
La bascule se joue au moment de l’installation, quand arrivent le loyer, le matériel et l’emprunt. Nous avons détaillé cet arbitrage dans notre article sur le régime fiscal du kinésithérapeute : micro-BNC ou réel.
Les démarches des huit premiers jours
Le calendrier est serré et beaucoup de remplaçants le découvrent trop tard.
Sous 8 jours après le début de votre premier remplacement, vous devez déclarer votre début d’activité à l’URSSAF, via le guichet unique des formalités des entreprises. Cette déclaration unique transmet vos informations à l’ensemble des organismes concernés : URSSAF, INSEE (qui vous attribue votre numéro SIRET), services fiscaux et CARPIMKO.
L’affiliation à la CARPIMKO — votre caisse de retraite et de prévoyance — est obligatoire et découle de cette déclaration. Elle prend effet le premier jour du trimestre civil qui suit le début de votre activité. C’est la caisse qui vous adressera ensuite votre premier appel de cotisations.
Le contrat de remplacement doit être rédigé et signé dès lors que le remplacement dépasse 24 heures, ou qu’il est plus court mais répété dans le temps. Il s’établit en trois exemplaires et comporte des mentions obligatoires, notamment le taux de rétrocession. Un exemplaire est transmis au conseil départemental de l’Ordre.
L’inscription à l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes et une assurance responsabilité civile professionnelle sont des prérequis, à régler avant le premier acte.
Le vrai piège : la deuxième année
C’est le point qui coûte le plus cher aux remplaçants, et il n’a rien à voir avec le choix d’un régime fiscal.
Vos deux premières années d’activité, vos cotisations sociales sont appelées sur une base forfaitaire, calculée sur un revenu théorique très inférieur à ce que vous gagnez réellement. Vous payez donc peu. Puis l’administration régularise : quand vos revenus réels sont connus, vous recevez un rattrapage portant sur les années précédentes, en plus des cotisations de l’année en cours.
Un remplaçant qui a dépensé l’intégralité de ses rétrocessions pendant deux ans se retrouve alors face à un appel de plusieurs milliers d’euros, sans trésorerie en face.
La règle de survie est simple : mettez de côté 25 à 30 % de chaque rétrocession, sur un compte séparé, dès le premier virement. Pas 10 %, pas « ce qui reste à la fin du mois ». Un compte dédié, alimenté automatiquement. C’est la seule habitude qui distingue les remplaçants sereins des autres.
Le détail des taux et du calendrier d’appel figure dans notre article consacré aux cotisations de la CARPIMKO en 2026.
Quand passer de remplaçant à installé
Trois signaux indiquent que le remplacement a fait son temps.
Vos recettes approchent du plafond du micro-BNC, et l’abattement de 34 % ne couvre plus vos charges réelles. Vous investissez dans du matériel, un véhicule, des formations lourdes que vous ne pouvez pas déduire. Ou vous refusez des remplacements faute de disponibilité — signe que vous produisez déjà le volume d’un cabinet.
C’est à ce moment que l’accompagnement d’un expert-comptable spécialisé kinésithérapeute devient rentable : le choix du régime, la structuration de l’installation et l’anticipation des cotisations se décident sur plusieurs années, pas au moment de la déclaration. La logique vaut d’ailleurs pour l’ensemble des professions de santé libérales, qui partagent les mêmes mécaniques de cotisations et de régime BNC.
Questions fréquentes
Un kiné remplaçant doit-il facturer la TVA ? Non. Les actes de soins dispensés par les auxiliaires médicaux réglementés sont exonérés de TVA. La rétrocession suit le même régime : aucune TVA à facturer, aucune à récupérer.
Faut-il un numéro SIRET pour faire des remplacements ? Oui. Il vous est attribué automatiquement après votre déclaration de début d’activité auprès du guichet unique. Il figure sur vos notes de rétrocession.
Le remplaçant paie-t-il la CFE ? Les remplaçants exerçant chez le titulaire, sans local propre, sont en pratique le plus souvent hors du champ de la cotisation foncière des entreprises. La situation dépend toutefois des conditions réelles d’exercice : à vérifier avec votre expert-comptable plutôt qu’à supposer.
Peut-on être salarié et remplaçant en même temps ? Oui, le cumul est possible. Vos revenus de remplacement restent imposés en BNC, distinctement de vos salaires, et vous cotisez auprès des deux régimes.
Quand déclarer ses revenus de remplacement ? Sur votre déclaration de revenus annuelle, en même temps que le reste de vos ressources. En micro-BNC, vous portez simplement le montant brut de vos rétrocessions ; l’abattement de 34 % est appliqué automatiquement.
Vous démarrez vos remplacements et vous voulez éviter le rattrapage de la deuxième année ?
Faress Boucherit accompagne les kinésithérapeutes libéraux d’Île-de-France, du premier remplacement à l’installation. Un premier échange permet de fixer le bon régime et le bon niveau de provision, avant que les cotisations ne tombent.
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